Un pionnier de la bio francilienne s’apprête à passer le relais…

Bernard Vincent s’exprime d’une voix posée. L’approche de la cessation de son activité, prévue pour le printemps 2018, ne l’assombrit pas. Il pourra certes partir satisfait d’avoir testé avec succès, au terme d’une longue réflexion personnelle, sur un territoire de surcroît réputé conservateur, la viabilité de la petite exploitation bio spécialisée en arboriculture et insérée dans des circuits courts.

Depuis 2007, l’EARL « Les fruits de la Voulzette », située à Jutigny, entre Montereau et Provins, produit selon les normes de l’agriculture biologique (AB) et distribue, en vente directe et auprès d’une quinzaine d’AMAP, une grande variété de fruits : des pommes, des poires, des prunes et, lorsque les conditions météorologiques le permettent, des cerises. Forte d’une demande constante, elle se porte économiquement très bien, quoiqu’elle s’étende sur une surface somme toute petite.

Les 58 hectares de l’exploitation céréalière familiale héritée dans les années 1980 ont laissé la place à 8 hectares de vergers, totalisant quelque 7 000 arbres. Si seulement 6 sont régulièrement exploités – 2 hectares restent à l’état de jachères –, ils présentent l’avantage de former un ensemble continu. Malgré la perte de plus de la moitié de la surface originelle, Bernard Vincent, habitué à travailler seul, est en permanence occupé. Aussi n’a-t-il envisagé, au fil des ans, ni le démarchage de restaurants ou de distributeurs classiques, ni un retour aux dimensions initiales. Il est conscient que ces options nécessiteraient l’emploi durable d’une main-d’oeuvre supplémentaire.
S’il a un temps étudié les possibilités de cession à la Fondation ou à la Foncière Terre de Liens, il a finalement choisi un repreneur indépendant, qui s’est engagé à poursuivre, après son départ, le développement de l’exploitation sur les bases qu’il a posées.
Issu de familles de paysans de l’Oise et de l’est de la Seine-et-Marne, Bernard Vincent regrette de ne pas pouvoir transmettre la ferme à l’un de ses enfants. Son second fils prépare certes un BTS agricole spécialisé en « productions végétales », mais il n’est à ce stade ni intéressé par l’arboriculture, ni convaincu par les principes de l’agriculture biologique. Bernard Vincent se désole d’ailleurs de l’enseignement dispensé aux élèves des lycées agricoles – ils restent presque imperméables aux nouvelles pratiques – et de la faible part dévolue aux acteurs de l’agriculture biologique dans la campagne seine-et-marnaise. Quant à lui, qui forme de jeunes arboriculteurs porteurs de projets au sein de l’espace-tests de la ferme de Toussacq, également située aux confins orientaux du département, il entend d’abord cultiver sa vocation d’enseignant.
Il est par ailleurs décidé à poursuivre son engagement après sa retraite, notamment aux côtés de compagnons de route du Groupement des agriculteurs bio d’Île-de-France (GAB), et espère contribuer à défendre les voies alternatives de l’agriculture paysanne en intégrant, à partir du mois de mars, le conseil d’administration de l’association, dont il est actuellement un membre invité.
En devenant jeune retraité, il escompte, enfin, pouvoir dégager du temps libre pour parcourir le monde et étudier d’autres modèles agricoles. Les vastes étendues australiennes et néo-zélandaises l’attirent particulièrement.

 

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