Luttes foncières dans le triangle de Gonesse

Zone agricole de 400 ha séparant Paris de son principal aéroport, le Triangle de Gonesse suscite l’appétit des promoteurs depuis de nombreuses années. Ce territoire est ainsi tendu entre ses deux potentialités majeures : d’une part la proximité de Paris et de l’aéroport qui en fait une zone attrayante pour l’urbanisation ; d’autre part des terres agricoles d’une qualité exceptionnelle, à préserver au titre de la lutte contre l’étalement urbain. Ces deux logiques s’affrontent depuis plus de cinq ans.

Du côté de la préservation du foncier agricole, un projet agricole de territoire a été initié en 2009 au niveau de la communauté d’agglomération de la Plaine de France, qui a conduit à la signature en 2016 de la charte agricole du Grand Roissy. En 2012, une « Étude d’orientations et schéma d’aménagement durable du Grand Roissy » a débouché sur des résolutions, notamment pour un aménagement dynamique capable de pérenniser les secteurs agricoles.

Du côté de l’urbanisation, aux antipodes de ces orientations, le projet EuropaCity a été conçu en 2012 comme un élément structurant de la création du « Grand Paris ». En 2016, les élus du territoire et l’État approuvent la création de la ZAC du Triangle de Gonesse, quartier international d’affaires et de loisirs. Un recours a alors été ouvert auprès des tribunaux par le CTPG.

S’agissant d’un grand projet d’intérêt national qui peut avoir des répercussions sur l’environnement et qui présente de forts enjeux socio-économiques, le projet EuropaCity (80 ha pour un coût global de 3,1 Mrds €), a fait l’objet d’une procédure de débat public en 2016. La modification du plan local d’urbanisme, nécessaire à la réalisation du projet pour permettre la conversion du foncier agricole en terrain à bâtir, a également été débattue.

Au cours de ces différentes procédures, des avis très réservés sur la pertinence du projet et ses impacts environnementaux ont été exprimés, notamment l’avis défavorable du commissaire enquêteur sur la révision du plan local d’urbanisme en août 2017 en raison « des impacts environnementaux négatifs importants à très importants s’agissant de la consommation massive des terres agricoles fertiles les plus proches de la capitale » et soulignant les risques d’imperméabilisation des sols et d’atteintes à la biodiversité.

En août 2017, N. Hulot, ministre de l’Environnement, exprimait sa préoccupation : « Si on continue à consommer avec une telle gourmandise nos terres agricoles, à un moment se posera la question de notre souveraineté alimentaire […]. Les terres agricoles doivent rester des terres rares qu’il faut protéger ». Quelques semaines plus tard, il évoquait une réflexion sur une taxation de l’artificialisation des sols. Cette option fiscale serait-elle le signe d’un renoncement à bloquer le projet ?

La décision qui se profile concernant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, privilégiant un réaménagement de l’actuel aéroport, montre que les alternatives sont toujours possibles.

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