Le contexte agricole francilien

L’occupation des sols en Île-de-France : la place de l’agriculture

L’occupation des sols en Île-de-France

L’Île-de-France présente une occupation bien structurée. Au centre, Paris et ses immeubles d’habitat collectif haut situés tout le long de la voirie ; tout autour, la petite couronne occupée par un mélange d’habitat collectif et d’habitat individuel dense. Au-delà, entre 10 et 30 kilomètres du centre de Paris, la ceinture verte, incluant les agglomérations nouvelles, où différents types d’habitat et d’espaces ruraux s’imbriquent. Enfin, une large couronne rurale entoure l’ensemble.

La confluence des cours d’eau et le relief ont guidé le développement urbain selon deux directions, concentrique (en «tâche d’huile») et radiale (en «doigts de gant»). Les vallées, accueillant les infrastructures de transport «historiques» (voies ferrées et routières) représentent à la fois des axes privilégiés d’extension de la ville vers la couronne rurale, et d’importants corridors de la nature vers la ville.

La destination des sols en Île-de-France

  • 575 184 hectares de cultures en 2008, soit 50 % de la surface de la région pour l’espace agricole;
  • 283 788 hectares de bois et forêts, soit 23 % de la surface de la région;
  • les autres milieux naturels non boisés (pelouses, zones humides, friches, etc.) représentent 6 % de la surface de la région;
  • 252 169 hectares sont urbanisés, ce qui représente un peu plus de 20,9 % de la surface de la région, dont environ 15,6 % d’espace bâti (188 709,3 ha) et 5,3 % d’espace urbain «ouvert». L’habitat individuel est le premier poste de l’espace urbain dont il représente près de 46,3 %.

Les territoires agricoles

L’Île-de-France est découpée en 24 régions agricoles dont 10 débordent sur les régions voisines. Celles qui s’étendent sur les plateaux calcaires dominent et ne se différencient entre elles que par l’épaisseur de la couche de limon.

L’agriculture conventionnelle a fortement réduit leur lisibilité par l’uniformisation des pratiques et des types de productions, mais des évolutions de ces pratiques et une territorialisation des enjeux pourraient leur redonner sens.

Des régions agricoles de plateaux calcaires aux épais sols limoneux

Une épaisse couche de limons recouvre les plateaux calcaires et donne leur unité à ces régions qui hébergent de grandes exploitations de grandes cultures : le Vexin, la Vieille-France, Goêle et Multien, l’Orxois, les Brie française, Brie centrale, Brie Est, la Beauce et la Plaine de Versailles.

Des régions agricoles aux conditions naturelles plus variées

Une moindre présence de limon et de plus grandes variabilités physiques donnent des régions aux paysages et productions plus diverses : les Brie boisée et Brie humide sont plus forestières, la Brie laitière est le berceau de la production de lait pour le fromage de Brie, le Montois, le Gâtinais, le Bocage gâtinais, sur un puzzle de terrains moins favorable a des exploitations de tailles moyennes, le Hurepoix juxtapose des cultures maraichères et tente de résister au déplacement du front urbain, le Drouais au relief plus vallonné garde une part d’élevage.

Des régions contrastées, de vallée, de buttes et de forêts

Les régions de vallées, aux sols alluviaux plus ingrats, sont traditionnellement vouées aux cultures maraichères et aux prairies : la Butte de Dammartin, les Vallées de la Marne et du Morin, la Bassée, le Pays de Bière et forêt de Fontainebleau, l’Yvelines, la Vallée de la Seine en aval de Meulan, la Ceinture de Paris.

Histoire et géographie agricole

Une agriculture dominée par les grandes cultures

Jusqu’à la moitié du vingtième siècle, l’agriculture francilienne était diversifiée, s’adaptant aux différentes conditions pédoclimatiques de la région et aux possibilités de débouchés (vers l’agglomération parisienne pour les cultures  spécialisées et vers les grands ports de commerce pour la céréaliculture). Si les grandes cultures dominaient déjà largement sur les plateaux de ce qui allait devenir la grande couronne, une ceinture maraîchère alimentait encore en grande partie les habitants de l’agglomération parisienne; l’arboriculture était bien présente et l’élevage encore vivace, notamment dans les vallées.

Au cours du XXème siècle, les vagues successives d’urbanisation ont fait reculer toujours plus loin les maraîchers, même si quelques poches subsistent (ex. de la plaine d’Argenteuil). La poursuite de l’extension urbaine, le développement des transports facilitant les importations, la proximité du Marché d’intérêt National de Rungis, ont entraîné une réduction drastique du nombre d’exploitations spécialisées.

Les choix de politiques agricoles productivistes aboutissant à favoriser l’agrandissement des exploitations ont été un facteur supplémentaire de cette réduction. Les perspectives de changement de destination des sols sont venues renforcer cette tendance.

Du fait de ces faisceaux de difficultés (auxquelles il faut ajouter des éléments tels que le coût du logement pour des ouvriers agricoles, l’âge élevé de beaucoup d’exploitants, la pollution de certains plaines maraîchères), on assiste, à l’entrée dans le XXIème siècle, à une quasi-disparition des cultures spécialisées en Île-de-France.

Les grandes cultures (blé, orge, colza, betterave) caractérisent le territoire de l’Île-de-France en grande couronne; elles couvrent plus de 90 % des terres agricoles de la région et représentent l’activité principale de plus de deux tiers des exploitations franciliennes. Le nombre d’exploitations agricoles en grandes cultures a tendance à baisser depuis une trentaine d’années mais cette diminution est moins rapide que pour les autres types d’agriculture : en moyenne 2 % par an entre 1988 et 2000 contre 5 % pour les cultures spécialisées. Parallèlement, la surface moyenne des exploitations en grandes cultures a augmenté (+2 % en moyenne entre 2000 et 2007) et est plus importante que dans les autres régions françaises (153 hectares en moyenne en 2007 contre 116 hectares sur l’ensemble de la France).

Une agriculture spécialisée en difficulté

Les cultures spécialisées (horticulture, arboriculture, maraîchage) se situent principalement en zone périurbaine. Outre la concurrence de produits d’autres régions de la France et du monde qui sont distribuées via le Marché d’intérêt national (Min) de Rungis, elles sont menacées par le front urbain parisien, la pression foncière qui en découle et subissent de nouvelles contraintes dues à la péri-urbanité (difficultés de circulation des engins agricoles, vols, dégradations, etc.). Ces exploitations spécialisées connaissent donc une forte diminution. Le nombre d’exploitations maraîchères a ainsi diminué de 71 % en petite couronne entre 1988 et 2000; le maraîchage, qui était en Île-de-France à la deuxième place en 1988 en termes de nombre d’exploitations (8 % des exploitations étaient en maraîchage contre 64 % en grandes cultures) a vu son importance s’amoindrir avec 3,5 % des exploitations en maraîchage et 72 % en grandes cultures en 2000. La moitié des 350 maraîchers franciliens devraient atteindre l’âge de la retraite en 2011 – 2012, libérant ainsi de nombreuses terres dont le devenir reste problématique. En ce qui concerne l’arboriculture, ce secteur connaît également de grandes difficultés : aujourd’hui, il ne subsiste que 60 arboriculteurs contre 187 en 1997.

L’élevage peu présent

En dehors de certaines localisations historiques (Bergerie nationale de Rambouillet, région de production des bries de Meaux et de Melun), l’Île-de-France n’est pas traditionnellement une région d’élevage. Les élevages bovin et ovin ne sont encore présents que dans quelques zones (Vexin, Brie Laitière, etc.). Le nombre d’exploitations associant cultures et élevage a connu une diminution à peu près similaire à celui des exploitations de grande culture. La part des exploitations d’élevage bovin est restée la même, mais les autres types d’élevage (volaille, porcin, cunicole) sont devenus marginaux. L’élevage de chevaux connaît par contre un certain succès, notamment pour le développement d’activités de loisir. La quasi disparition des capacités d’abattage en Ile-de-France est une menace supplémentaire pour l’élevage.

Enjeux majeurs:

  • En petite couronne (30 km autour de Paris) l’agriculture couvre 7% du territoire; en grande couronne (au-delà des 30 km), elle couvre 60% du territoire. Au total l’Île-de-France compte 50% de son territoire en terres agricoles.
  • Les grandes cultures (blé, colza, orge, betterave) caractérisent le territoire de l’Île-de-France (90% de la SAU)
  • La sauvegarde d’une agriculture diversifiée et des productions spécialisées (maraîchage, arboriculture, horticulture, mais aussi petit élevage) est devenu un enjeu des politiques locales.

Les acteurs du monde agricole

Les Chambres d’agriculture, organismes consulaires, sous tutelle des préfets, font l’interface entre les professionnels de l’agriculture et la société. Celles-ci sont force de proposition pour les agriculteurs, afin que ces derniers répondent au mieux à la demande sociétale. Elles mènent des actions sur les plans techniques, juridiques, fonciers, sociaux, économiques.

Les coopératives de collecte de produits, organismes économiques, mettent en valeur les productions agricoles pour répondre au mieux au marché et adapter l’offre à la demande, ceci en fonction du terroir, de l’aire géographique et des besoins de transformation et de consommation. De plus en plus elles élaborent des cahiers des charges pour la production afin de répondre à la demande de leurs clients.

Les coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma) organisent les agriculteurs entre eux pour acquérir ensemble du matériel de façon à réduire le coût d’investissement et d’utilisation. De plus en plus celles-ci cherchent à y introduire les communes parmi leurs adhérents.

Les syndicats agricoles ont un rôle de défense, mais aussi de formation et d’information auprès de leurs adhérents.

Le problématique recul des espaces ruraux

Malgré un rythme de construction nettement plus faible que les besoins indiqués par le SDRIF (entre 30 000 et 35000 logements par an, contre 60 000 prévus) et plus encore que ceux du Grand Paris (70 000 prévus), la consommation de terres agricoles reste importante : en 25 ans l’Île-de-France a perdu 7,40 % de sa surface agricole. Les évolutions pourtant sensibles de très nombreux élus et de collectivités en faveur du maintien des espaces agricoles peinent donc à se concrétiser et à inverser la tendance historique à leur urbanisation. Il reste plus simple de construire logements, équipement et zones d’activités sur des sols agricoles plutôt que de «reconstruire la ville sur la ville».

Si le développement de l’habitat pavillonnaire en grande couronne est le premier consommateur d’espace (30 %), on constate également une très forte croissance des urbanisations liées aux activités (20 %), tandis que l’habitat collectif n’en représente que 12%.

L’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) étudie régulièrement le mode d’occupation du sol (Mos). C’est un inventaire de l’affectation de l’espace francilien, conçu à partir de photos aériennes et de diverses sources d’information complémentaires et rendant compte précisément de l’occupation des sols. Le Mos est régulièrement actualisé depuis sa création, en 1982. L’édition 2008 constitue la septième mise à jour. Le Mos permet de suivre et d’analyser les évolutions de l’occupation du sol francilien sur ces vingt-cinq dernières années.

La carte réalisée à partir du Mos 2008 est la suivante:

La problématique de la reprise

Des départs à la retraite nombreux, un trop faible nombre d’installations

La population agricole en France vieillit et la reprise des exploitations par de nouvelles générations d’agriculteurs pose un sérieux problème. C’est particulièrement le cas en Île-de-France où de nombreux chefs d’exploitations ont plus de 55 ans et partiront donc bientôt à la retraite. Ainsi, ce sont plus de 31% des superficies agricoles qui devaient être libérées entre 2006 et 2011 pour cause de départ à la retraite. Ce qui signifie environ plus de 100 000 hectares, issus de la cession de plus de 1000 exploitations, libérés chaque année.

Depuis quelques années, la légère augmentation du nombre d’installations agricoles dans les départements des Yvelines et du Val-de-Marne ne parvient pas à contrebalancer la tendance générale de la région : le nombre d’agriculteurs diminue de 3 % chaque année. L’inscription de nombreux jeunes dans les centres de formations agricoles de la région (comme le CFPPA de Brie-Comte-Robert) et notamment dans les spécialisations liées au maraîchage et aux cultures biologiques, permet d’envisager à long terme une certaine pérennité dans l’utilisation agricole des espaces. Cependant, il est nécessaire de préciser que ce mouvement ne se fera que progressivement (les départs à la retraite risquant d’avoir lieu plus rapidement que la formation de suffisamment de jeunes), et nécessitera certainement une remise en question du mode d’exploitation de certains terrains en fonction des choix des futurs jeunes exploitants et des marchés s’ouvrant à eux.

Enfin, ces reprises ne seront optimales que si cédants et repreneurs ont connaissance de l’existence les uns des autres et des opportunités que représentent ces nouveaux projets, mais également à condition que ces reprises soient accompagnées par l’ensemble de la profession agricole et des pouvoirs publics. Faute de consensus entre tous ces acteurs, de nombreuses exploitations seront démembrées et iront soit à l’agrandissement de fermes déjà importantes, soit à des non-agriculteurs. Dans la majeure partie des cas, ces derniers pousseront à une urbanisation des terrains concernés pour leur usage personnel ou en raison de la manne financière que cela représente.

En petite ceinture, les terres non reprises font l’objet d’utilisations non agricoles

Pour les départements de la petite ceinture (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne), la disparition des exploitations a entraîné une diminution de la SAU totale utilisée (plus de 80 % des exploitations ont disparu entre  1970 et 2000 et presque 70 % de la SAU a été perdue entre 1970 et 2000), et non une augmentation de surface des exploitations voisines (la surface moyenne n’a été augmentée que de 50 % dans ces départements alors qu’elle a été en moyenne multipliée par plus de 2 dans les autres départements). Lors du départ à la retraite des chefs d’exploitation, les terres sont donc en majorité démembrées pour faire l’objet d’utilisation non agricole (urbanisation, parcs, etc.).

L’agrandissement des exploitations rend la reprise de plus en plus difficile

Plus la surface de l’exploitation est grande, plus sa valeur est importante (terres si elles sont en propriété, bâti, matériel, etc.), et plus, sa reprise se révèle problématique. Excepté dans le cadre de reprises familiales, où des montages sont possibles, l’installation des jeunes devient un casse tête financier de plus en plus compliqué, et, à terme, insoluble. La concentration des terres agricoles n’est donc pas une solution pour garantir la pérennité de l’agriculture sur la région. Si l’on souhaite que la relève soit assurée par la jeune génération, il est nécessaire que les exploitations gardent une taille « humaine », et que la reprise en l’état ou sous la forme de plusieurs exploitations de taille inférieure soit privilégiée aux agrandissements. Pour cela, un effort tout particulier doit être fait en faveur de projets innovants permettant d’exploiter de manière rentable de petites surfaces.

Enjeux majeurs:

  • La taille, de plus en plus grande, des exploitations agricoles, induisant un coût de plus en plus exorbitant,entraine une reprise de plus en plus difficile pour les jeunes agriculteurs.
  • En 2011, 30 % des surfaces agricoles devaient être libérées pour cause de départ à la retraite. Cela signifie que plus de 100 000 ha issus de la cession de plus de 1 000 exploitations doivent être repris cette année par de jeunes agriculteurs.
  • 50 % des exploitations agricoles ont disparu en 20 ans, conséquence indéniable de la concentration des terres et leur urbanisation.

L’émergence de l’agriculture biologique

Etat des lieux de l’agriculture biologique en Île-de-France

Depuis 2008-2009, le nombre d’exploitations biologiques augmente rapidement partout en France. En Île-de-France, chaque année depuis 2 ans, les surfaces qui passent à l’agriculture biologique augmentent de 30 % environ. Soit 60 % d’augmentation des surfaces en bio ou en conversion entre fin 2008 et fin 2010 !

Ces données très encourageantes sont le résultat de la conjonction des multiples actions sur le terrain mises en place par le Groupement des agriculteurs biologiques (GAB), de la volonté politique affirmée de nombreuses collectivités, notamment la Région, des évolutions de l’Etat et de la demande sociale grandissante. Le GAB avec le pôle Abiosol (regroupant Terre de liens Ile-de-France, le GAB et le réseau des AMAP Ile-de-France) a multiplié les réunions de sensibilisation auprès des agriculteurs conventionnels, l’accompagnement personnalisé des candidats à l’installation et à la conversion, a travailleé avec le Conseil régional d’Île-de-France qui pourvoit des aides à destination des agriculteurs bio, avec la Direction régionale et interdépartementale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Driaaf) qui redistribue des aides aux agriculteurs qui passent en bio, avec l’Agence de l’eau Seine- Normandie pour favoriser la production biologique sur les bassins de captage d’eau potable.

 

Fin 2010, l’agriculture biologique (certifiée et en cours de conversion) représentait en Île-de-France :

  • 7 166 hectares, soit environ 1,2 % de la surface agricole utile (SAU) francilienne
  • 150 structures soit environ 2,7 % des exploitations agricoles

Comme dans l’agriculture conventionnelle, les grandes cultures dominent largement la production en bio: la part des conversions est similaire en grandes cultures et en cultures spécialisées, on retrouve donc une majorité de conversions en grande culture. Les difficultés liées aux cultures spécialisées, notamment en zone périurbaine, et particulièrement l’installation, se retrouvent en bio comme en conventionnelle.

 

Enjeux majeurs:

  • La part de l’agriculture biologique est de 1,8% sur le territoire francilien. La Région et l’État souhaitent augmenter les surfaces agricoles utiles d’ici 2020.
  • En Île-de-France, un consensus semble se faire sur l’idée de favoriser l’installation en privilégiant les agriculteurs biologiques; cependant, le foncier en transaction libre de droit ne représente qu’environ 500 hectares par an, ainsi, même si toutes ces installations se faisaient en bio, cela ne permettrait pas d’atteindre les objectifs du Plan Bio de la Région et du Grenelle. Des conversions importantes sont donc également nécessaires.
Ecrire un commentaire

Please enter your name

Champ obligatoire

Please enter a valid email address

Champ obligatoire

Please enter your message

Terre de Liens Ile-de-France © 2017

Réalisé par Nicolas Sawicki puis Terre de liens IDF

Propulsé par WordPress