La qualité de l’eau potable en Ile-de-France

Du ciel au robinet

 

D’où vient l’eau que je bois ?

L’eau courante, l’eau du robinet, l’eau domestique, l’eau de ville… peu importe comment on la nomme, cette eau vitale provient de la nature : des eaux de surface (fleuves, rivières, lacs et mer) et des nappes souterraines. Toutes ces eaux sont alimentées par la pluie, qui tombe au sol, ruisselle et s’infiltre, grossit la nappe qui s’écoule sous terre, ressurgit sous forme de sources et alimente les cours d’eau.C’est le cycle de l’eau.

En fonction de la nature des sols, l’eau ruisselle et/ou s’infiltre plus ou moins rapidement.

Plus l’infiltration est lente, plus les eaux vont pouvoir être filtrées par la végétation, les sols et ses micro-organismes. Au contraire, plus l’infiltration est rapide, moins cet effet filtre à lieu. L’eau et tout ce qu’elle va lessiver en surface et dans le sol, arrive dans la nappe phréatique.

Quand l’intensité des précipitations dépasse l’infiltration et la capacité de rétention des sols, le ruissellement se produit. Le ruissellement est notamment conditionné par l’occupation des sols, urbaines ou agricoles, plus ou moins imperméabilisée, et la pente du terrain. Le flux d’eau généré peut entraîner vers les cours d’eau divers polluants, comme les hydrocarbures, les nitrates et les pesticides.

Qu’est-ce qu’un captage et son aire d’alimentation ?

Un captage est une prise d’eau des fleuves, des lacs, des nappes souterraines ou de la mer pour la production d’eau potable. Il est alimenté par une zone plus ou moins étendue appelée aire d’alimentation du captage (AAC).

Pourquoi faut-il protéger les aires d’alimentation ?

La ressource en eau est vulnérable. Il est essentiel qu’elle soit disponible en quantité suffisante et que sa qualité soit satisfaisante pour approvisionner la population en eau.

Il est donc primordial de prévenir les pollutions pouvant survenir dans l’aire d’alimentation du captage.

L’aire d’alimentation d’un captage ressemble à un territoire comme les autres : un paysage constitué d’éléments naturels et dans lequel prennent place des activités humaines. Champs cultivés, forêts, habitations, vergers, parcs et jardins, routes et autres infrastructures peuvent jalonner les AAC. La protection ne consiste pas à supprimer ces activités et ces aménagements, mais à faire en sorte qu’ils soient compatibles et le moins impactant pour la préservation de la ressource.

Et en Île-de-France ?

  • 2 habitants sur 5 reçoivent de l’eau venant de nappes souterraines,
  • 2 habitants sur 5 reçoivent de l’eau venant de fleuves ou rivières (Seine, Oise, Marne),
  • 1 sur 5 reçoit de l’eau venant d’un mélange des 2.

 

 

  • Les pollutions agricoles de l’eau

 

Quelles sont les causes historiques ?

Afin d’être compétitif sur les marchés internationaux et pour répondre à la demande alimentaire nationale et mondiale, les politiques agricoles ont favorisé un modèle d’agriculture productiviste. Ce modèle repose sur le développement d’exploitations spécialisées de grande taille, qui nécessitent peu de main d’œuvre et génèrent de hauts rendements. Cette transformation du monde agricole a été possible grâce à des évolutions techniques dont la mécanisation, la sélection de variétés végétales et de races animales, et l’utilisation d’intrants d’origine chimique. Ces intrants, fertilisants et pesticides, peuvent être sources de contamination des ressources en eau potable.

 

Pourquoi retrouve-t-on des nitrates au captage ?

Les fertilisants chimiques azotés viennent s’ajouter aux nutriments naturellement présents dans les sols (notamment issus de la dégradation de matière organique, des légumineuses). Quand leurs quantités dans le sol dépassent les besoins des cultures, un stock plus ou moins important se crée. Ce stock peut s’infiltrer et atteindre les nappes phréatiques et rivières, sous forme de nitrates. La quantité transférée et la vitesse de transfert dépendent du type couvert végétal en place, de la nature du sol, du relief du territoire et du climat.

 

Et les pesticides ?

Par ailleurs, les risques de développement de maladie, mauvaises herbes et attaques de ravageurs tels que les insectes doivent être gérés pour assurer la production. La lutte contre ces risques passe, dans les exploitations conventionnelles, par l’utilisation de pesticides chimique. A l’instar des transferts de fertilisants, les pesticides peuvent rejoindre les cours d’eau et les nappes phréatiques (par infiltration dans les sols, ruissellement, etc.).

 

La pollution agricole des nappes est-elle une fatalité?

Il est important de souligner que les transferts des pesticides et de nitrates reposent sur des phénomènes hydrogéologiques complexes difficiles à anticiper. La vulnérabilité des territoires face à ces pollutions (pour un même usage de ces produits) est très variable tout comme les temps de transfert des parcelles au captage.

 

Malgré les réglementations et l’évolution des pratiques agricoles, les concentrations de nitrates et de pesticides au captage peuvent ainsi dépasser les seuils de potabilité.

 

Pour éviter ces  pollutions, plusieurs types solutions existent. Du point de vue environnemental, on peut les classer schématiquement par ordre d’ambition croissante :

 

  • Optimiser le recours aux pesticides et ajuster les doses d’azote par rationalisation des traitements et des apports de fertilisants grâce à des observations à la parcelle, l’utilisation d’outils d’aide à la décision et le calcul précis des besoins en fertilisants pour atteindre des rendements réalistes.

 

  • Réduire au maximum l’utilisation de pesticides et les pertes d’azotes grâce notamment à la mise en œuvre de rotations longues et diversifiées, à des techniques alternatives comme le désherbage mécanique et à l’optimisation du piégeage d’azote durant les intercultures à risque.

 

  • Supprimer les pesticides chimiques et les engrais minéraux en leur substituant d’autres produits ou techniques (agriculture de type biologique) et grâce à des leviers agronomiques. Par exemple, le désherbage mécanique et la lutte biologique constituent des alternatives aux pesticides ; l’apport de matière organique par des fumures ou des couverts végétaux (légumineuses) constituent une alternative aux apports d’azote minéral.

 

  • Concevoir ou reconcevoir les agrosystèmes de culture en utilisant les services rendus par la nature à l’échelle des paysages et en visant zéro intrant chimique. Par exemple, les bandes enherbées et les haies vont accueillir des auxiliaires de culture pour une lutte biologique naturelle, les couverts végétaux sur la parcelle vont limiter l’érosion, etc. Il s’agit de penser le système de manière globale  en favorisant un écosystème qui lui, favorisera une autorégulation.

 

Le choix de l’une ou l’autre de ces options est du ressort de chaque agriculteur∙trice, qui va s’orienter en fonction de ses convictions personnelles, du temps dont il dispose, de sa formation, de son accès à du matériel adéquat et également du risque économique pour son entreprise agricole.

 

 

  • En Île-de-France comment va l’eau ?

 

L’Île-de-France est alimentée par 901 captages et 19 prises d’eau (chiffres 2012).  Alors que les données sur la qualité de l’eau au robinet sont accessibles pour les citoyen∙ne∙s directement dans leur mairie (données des Agences Régionales de Santé, dépendant du Ministère de la santé), il est plus compliqué d’accéder aux données sur les eaux brutes. Les données actuellement disponibles pour l’Île-de-France datent de 2010.

 

Parmi les 650 captages analysés, 10% d’entre eux dépassent la norme de 50mg/l de nitrates et 40% celle de 0,1 μg/l pour les pesticides. Au-delà de ces seuils normatifs de 50 mg/L pour les nitrates ou 0,1 µg/L de pesticides dans l’eau, celle-ci n’est plus potable. Un traitement doit être mise en place pour continuer à distribuer une eau de qualité.

 

Si les valeurs dans les eaux brutes ne s’améliorent pas, l’abandon du captage devient inéluctable. Ainsi, ce sont 211 captages qui ont été abandonnés en Ile-de-France entre 2000 et 2012. A la clé, pour les collectivités et les citoyen∙ne∙s, de lourds investissements pour rechercher une ressource alternative : création d’un nouveau forage plus en profondeur, interconnexion à des réseaux d’eau potable voisins mais plus éloignés, achat d’eau, etc. Ces solutions entraînent une dépendance des collectivités et des dépenses imputées sur la facture d’eau. Par ailleurs, ces solutions curatives ne font que repousser le problème.

 

131 captages à risque sont identifiés en Île-de-France. Sur ces captages dits prioritaires, une démarche préventive comprenant la délimitation d’un bassin d’alimentation, la réalisation d’un diagnostic et la mise en œuvre de programme d’actions agricole et non agricole. Les actions reposent sur le volontariat des agriculteurs. Au bout de 3 ans, si les objectifs de reconquête de la qualité de l’eau ne sont pas atteints, le Préfet peut signer un arrêté ZSCE (Zone Soumise à Contraintes Environnementales) rendant réglementaire certaines actions.

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