Franci’Liens mars-avril : éclairage de fond – La politique agricole d’Emmanuel Macron à la croisée des chemins

Pendant sa campagne, le candidat Emmanuel Macron a paru prêt à favoriser le développement de pratiques agricoles alternatives. Quelques-uns de ses engagements nous autorisent en effet à faire preuve d’un certain optimisme : porter à 50 % la part des produits bio ou d’origine locale dans la restauration collective à l’horizon 2022 ; interdire progressivement le recours aux phytosanitaires néfastes pour la santé et l’environnement ; séparer les activités de vente de pesticides et de conseils relatifs à leur utilisation ; réduire à zéro hectare l’artificialisation nette des terres.

Faute de calendrier précis, la mise en œuvre de tels objectifs pourrait cependant garder la forme d’un catalogue de vœux pieux. De plus, la volonté affichée de défendre aussi les filières intensives et la compétitivité pourrait au contraire remettre en cause leur réalisation. À cet égard, le nouveau visage de l’agriculture hexagonale dépendra sans doute en partie des orientations du plan de modernisation des exploitations – une enveloppe de cinq milliards d’euros devrait être allouée sur l’ensemble du quinquennat – et des conditions finalement fixées pour la ratification de l’accord commercial négocié par l’Union européenne avec le Canada (CETA) – l’insertion de clauses environnementales est envisagée.

Si l’avenir n’est pas écrit, la nomination du premier gouvernement du président Macron est toutefois porteuse d’espoirs. Le nouveau ministre de l’Agriculture, Jacques Mézard, est un spécialiste des filières agricoles. Sénateur du Cantal, il est réputé pour sa défense des territoires ruraux et de montagne fragilisés par l’urbanisation et le poids croissant des métropoles. Chargé de la Transition écologique, avec le rang de ministre d’État, Nicolas Hulot pourrait de son côté s’imposer, pour l’ensemble de ses collègues, comme une autorité morale.

Avocat de la constitution de nouvelles solidarités, le ministre Hulot fera vraisemblablement beaucoup plus pour l’agriculture que le « Grenelle de l’alimentation » annoncé par le président. Au niveau national, nous pouvons supposer que son action, rappelant que la disparition de la paysannerie n’est pas une fatalité, constituera un frein à l’essor des fermes-usines. Au niveau européen, nous pouvons penser qu’elle donnera une impulsion décisive à l’initiative citoyenne pour la préservation des terres nourricières (People4Soil). À notre niveau, nous pouvons aussi rêver qu’elle imposera aux lobbies un autre mode de développement. Il reste à espérer qu’elle s’inscrira dans la durée, bien au-delà des contingences électorales.

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