Avec le béton, on mange quoi ? Le débat est ouvert sur le plateau de Saclay.

C’était le 2 juin, en vue des législatives : un débat d’actualité qui dépasse la dimension locale et qui n’est pas près d’être clos !

Oui, le projet d’urbanisation du plateau de Saclay et les choix d’aménagement et d’artificialisation des sols qu’il concrétise sont à mettre en perspective avec les enjeux liés au changement climatique et à notre souveraineté alimentaire et ce, à l’échelle régionale.

Petit rappel des faits : le plateau de Saclay est compris depuis 2009 dans une « opération d’intérêt national » (OIN) de Paris Saclay comprenant 7 700 ha, dont 3 100 hectares de terres agricoles. Le but de cette OIN est de constituer un pôle de développement industriel et scientifique regroupant des établissements d’enseignement et de recherche, des industries et des logements.

Pour limiter les dégâts, une zone de protection naturelle agricole et forestière (ZPNAF) a été instituée en 2013 par un décret qui prévoit une zone de 4 115 ha environ, dont environ 2 469 ha de terres agricoles. Le schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) de 2013 a pour sa part « sanctuarisé » 2 300 ha de terres agricoles.

Dans le cadre du Grand Paris lancé en 2010, il est prévu que la ligne 18 relie l’aéroport d’Orly à la gare de Versailles-Chantiers, en passant, dans la seconde partie de son tracé, entre Saclay et Saint-Quentin en Yvelines, au milieu de terres agricoles (voir carte).

Les questions que pose cette seconde partie de tracé sont de deux ordres :

  • ce tracé est-il pertinent en termes de déplacements en région parisienne ?
  • ce tracé a-t-il des conséquences écologiques nuisibles ?

En matière de déplacements, la thèse de la société du Grand Paris est que la ligne 18, une fois terminée, complétera le maillage des lignes de métro express en périphérie de la capitale.

Les opposants à ce tracé font toutefois valoir que la rentabilité de la ligne 18 supposerait 40 000 passagers/heure alors que le trafic actuel est dix fois moindre ; par conséquent, il faut comprendre que la construction de cette ligne ne peut se justifier économiquement que par l’urbanisation concomittante d’espaces ruraux.. À ce sujet, une lettre signée par 287 personnels et étudiants des universités et 107 élus et habitants de la région de Saclay a été adressée aux plus hautes autorités de l’État pour faire valoir ce point de vue. On peut la consulter ici : http://s396981838.onlinehome.fr/Ligne_18_Paris_Saclay_lettre_ouverte.pdf

Notre association s’est aussi exprimée au sujet de la ligne 18 : avec l’appui du groupe local Terre de Liens-plateau de Saclay, nous avons répondu à l’enquête publique ouverte autour de ce projet (la foncière Terre de Liens est propriétaire de 20 ha de terres agricoles sur le plateau, voir ici). Nous avons pointé de nombreuses nuisances, du point de vue agricole, du point de vue de la biodiversité et du point de vue du régime hydrographique particulier du plateau de Saclay : « …un métro au sol, sécurisé par des barrières étanches le long des rails, constituera une véritable rupture de continuité visuelle à l’échelle du grand paysage, pour la faune ne pouvant que conduire à une perte de biodiversité, pour les agriculteurs contraints de traverser l’emprise de 45 mètres de la L18, pour le drainage des champs avec le risque de modifier les qualités hydrographiques de ce sol particulier du plateau de Saclay ».

Le témoignage d’Emmanuel Vandame, fermier Terre de Liens qui gère en AB une des trois plus importantes fermes sur le plateau (dont 20 ha sont propriété de Terre de Liens), confirme notre analyse. En ouverture du débat, il a souligné que le Plateau de Saclay offre des sols d’une qualité agronomique exceptionnelle. Il a aussi rappelé l’intérêt écologique de cette zone agricole naturelle et forestière à 20 km de Paris. Il a signalé les nuisances qu’apportera le tracé de la ligne 18 à son exploitation, l’obligeant à un détour de 5 km pour accéder à certaines de ses terres. Protéger l’activité agricole ne nécessite pas seulement de protéger les terres mais il faut également veiller à la rentabilité économique des exploitations : permettre aux agriculteurs d’accéder facilement à leurs terres avec des engins agricoles et leur permettre d’évacuer facilement leurs récoltes ; tout ceci devient de plus en plus difficile sur le plateau.

Photo : chantier bénévole dans la ferme d’Emanuel et Cristiana Vandame, crédit photo AMAP Jardin de Cerès

Les organisateurs du débat du 2 juin (réseau des AMAP Île-de-France, Terre de Liens Île-de-France et AMAP Jardins de Cérès) ont proposé aux candidats de signer l’engagement « de protéger les terres agricoles du plateau de Saclay contre toute tentative d’artificialisation et (de) mettre en place immédiatement un moratoire sur la construction du second tronçon de la ligne 18 (Saclay-St Quentin en Yvelines-Versailles) pour lequel les travaux ne sont pas encore engagés ». Résultat : les candidats de la République en marche (finalement élu) et du Rassemblement national ont refusé de s’engager contre le prolongement de la ligne 18. Le candidat Nupes et la candidate Reconquête avaient en revanche pris cet engagement. Le candidat LR a refusé de prendre cet engagement tout en disant vouloir travailler avec et pour les agriculteurs sur des projets concrets comme une légumerie. Retrouvez le débat en replay >>>ici

Après les législatives, le combat continue. Un nouveau SDRIF est en débat. Il faut notamment bannir toute « pastille » d’urbanisation !

Pour en savoir plus, pour participer, n’hésitez pas à rejoindre le groupe local Terre de Liens-Plateau de Saclay : il suffit d’écrire à idf@terredeliens.org pour manifester votre intérêt.

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