À l’école de l’agroforesterie, à la ferme de Lumigny

C’est avec l’enthousiasme d’un jeune professeur que Rémy Seingier a animé, sur sa ferme, au cours d’une chaude matinée d’octobre, une formation à l’agroforesterie organisée par notre association. Pour souligner à la fois la richesse de la matière – les modèles d’agroforesterie sont aussi nombreux que les adeptes – et l’humilité de sa démarche, il a d’emblée posé l’objet de la session : sa pratique du métier d’agriculteur dans un environnement agroforestier.

Pour Rémy, la découverte de l’agroforesterie date de 2008 et d’un séjour au Brésil. Des cultures variées, constate-t-il, peuvent être exploitées à différents étages d’une même aire. Mais ce voyage fondateur l’a surtout conduit à reconsidérer son rapport à la terre comme bien commun : la culture d’un sol doit originellement nourrir une famille, voire un village, et permettre de retisser les liens ancestraux d’une économie paysanne.

À son retour, le futur fermier s’inscrit à l’université de Rennes, où il obtient une licence en « sciences du végétal ». Fort de ce bagage, il reprend ensuite l’exploitation céréalière de ses parents avec l’idée de tirer profit de son potentiel forestier pour diversifier les cultures et maximiser leurs rendements.

Là, l’agroforesterie reposera sur de savantes rotations. De sept ou neuf ans, elles permettent de prévenir, en perturbant les équilibres naturels, la propagation des ravageurs et des mauvaises herbes. Dans plusieurs secteurs, les cultures céréalières, de chanvre, de colza ou de blé, ont ainsi laissé la place à des bandes arborées.

Agroforesterie à Lumigny, octobre 2018

Le sol de cette ferme, essentiellement sableux, ne retient pas les éléments. Les fortes pluies entraînent au contraire la formation de croûtes qui ralentissent la germination. Là où elles ont été réalisées, les plantations apportent cependant les protéines nécessaires à la vitalisation de la terre, singulièrement à la faveur du développement de bactéries et de champignons qui prospèrent sur la matière en décomposition. Avec l’appui de Terre de Liens, la ferme a d’abord planté, pendant l’hiver 2014-2015, 1700 jeunes arbres (acacias, charmes, érables sycomores, merisiers, noyers communs, noyers d’Amérique, etc.). Un an plus tard, elle s’est enrichie de 9000 arbustes (buis, lauriers, rosiers, sureaux, etc.), notamment choisis pour leur capacité à attirer les insectes pollinisateurs.

 

Weekend de plantation citoyenne à Lumigny, 2014

 

Le cours magistral terminé, Rémy a conduit ses invités sur les lieux. Le boisement leur donne déjà un air de petite savane. Il a pourtant répondu à des règles d’une grande rigueur : les plants, espacés de 27 mètres, sont exposés selon un axe nord-sud, qui doit leur permettre de profiter pleinement des effets de l’ensoleillement.

Le champ offre aux citadins la vision d’une transformation écologique réussie malgré un environnement de prime abord peu rassurant. Situé non loin d’une route nationale, il est entouré de bois bruyamment investis par les chasseurs. Mais, pour cette même raison, il est aussi régulièrement traversé par les sangliers, tandis que des rapaces utilisent ses troncs morts comme nichoirs. Informés de la restauration d’un état naturel, trois apiculteurs sont en outre venus y installer des ruches.

Sur le plan économique, l’exploitation, qui transforme et commercialise directement une grande partie de sa production d’oléagineux, se porte bien, à l’image de la biodiversité que renferme son naissant espace forestier.

 

 

ARBRES ET BUISSONS : une sélection d’espèces à la ferme des sables de Lumigny, octobre 2018

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